Billet sur l’article de Vice / “Ne dis Pas Que Tu Aimes Ca”

Rendre un texte ou une image publics, c’est déjà ne plus les posséder. Dès lors qu’ils sont diffusés ils appartiennent au monde, à chaque individu qui le compose. Or, chacun et chacune a sa propre sensibilité, et avec elle, sa propre perception, lecture, interprétation. C’est la raison pour laquelle, un seul mot, un seul regard, un seul geste ne pourront jamais faire l’unanimité. Pour certains et certaines il pourra sembler insultant. Pour d’autres, il sera courageux, provoquant, pertinent, anodin, vulgaire, révolutionnaire… Il y autant de jugements qu’il y a d’individus, et c’est aussi la raison pour laquelle, quelles que soient nos opinions, nous avons tous cette liberté de pouvoir les exprimer.

En publiant mon histoire dans mon premier livre (“Ne dis pas que tu aimes ça”, paru le 7 Mars aux éditions Fayard), j’ai bien conscience qu’elle ne pourra toucher tout le monde de la même manière. A commencer par les journalistes qui, par ailleurs, auront peut-être parcouru mon texte un peu trop vite, sans prendre le temps de s’en imprégner, pressés par les délais imposés par leur métier. Dans ce processus, le risque est bien entendu de passer à côté de certaines choses, ou de résumer un peu trop vite ce qui a été développé.

C’est la raison pour laquelle je me permets aujourd’hui de rédiger ce petit billet. Ce n’est pas un coup de gueule  ni une attaque contre l’auteur de l’article de Vice (que je remercie encore), mais simplement un petit réajustement. C’est une chance que de pouvoir s’exprimer de manière immédiate et illimitée grâce à internet. Je ne vais donc pas m’en priver sur ce blog qui est mon espace de jeu, d’expression, de partage 😉

Dernièrement, le site VICE a publié un article très élogieux en ma faveur, et je l’en remercie ; mais celui-ci comporte certaines « erreurs ». Je rectifie donc ici le tir en éclaircissant certains points.


 

1 – “Le personnage de Katsuni, cette barbie doll nunuche et vulgaire”.

Si j’ai pu interpréter dans certains films des personnages de « barbie doll nunuche et vulgaire » (sachant que cela fait partie des codes bien connus de nombreux films X),  je n’ai pas le sentiment que le personnage de Katsuni l’ait été. Invitée sur les plateaux de Ruquier, de Taddéi, chroniqueuse pour le Plus Nouvel Obs, sollicitée par le Huff Post, blogueuse chez les Inrocks, créatrice d’une marque de lingerie, productrice et réalisatrice, scénariste de bandes-dessinées, collaboratrice avec des artistes tels que Miguel Bose, Deborah Anderson, Prune Nourry, Iglika Christova, jury durant des festivals de cinéma, marraine de l’un d’eux aux côtés de Bernard Pivot etc…. Tout cela s’est produit durant ma carrière dans le X. Je doute que c’eût été le cas si j’avais été cette « barbie doll nunuche et vulgaire ». Ce personnage , je l’ai joué, oui, mais dans les films, et donc des fictions.

Ne pas confondre « femme qui assume sa sexualité » et « fille écervelée », ainsi que l’actrice avec les personnages qu’elle joue!


2 – “Céline Tran était étudiante à Science-Po Grenoble quand un échec à un examen de sociologie l’a convaincue de tenter une reconversion professionnelle.”

Oui et non. Ce n’est clairement pas un détail important, mais comme je suis pointilleuse lol  Après Sciences-Po (où la prof a délibérément saboté ma moyenne en sociologie pour des raisons obscures, mais aussi où moi-même je ne me sentais pas à ma place et rêvais plus d’être aux Beauts-Arts), j’ai poursuivi avec Lettres Modernes. Je ne savais pas alors ce que je voulais vraiment faire plus tard. (Moi, mon rêve c’était de devenir ethnologue mais ce projet a vite été avorté). J’ai parallèlement à ma vie d’étudiante, commencé ma carrière d’actrice X. J’ai fini par cesser mes études en cours de Licence pour me consacrer au X, qui s’imposa à moi comme une évidence.


3- “Un ophtalmologiste, reconnaissant Katsuni sous l’identité de Céline Tran, l’invite à prendre un nouveau rendez-vous puisqu’il « est aussi gynéco »…

Ce cher monsieur était médecin généraliste. Et comme je raconte qu’il m’a ausculté les oreilles, je ne vois pas comment il a été déduit qu’il était ophtalmo lol Mais c’est là un détail sans trop d’importance.


4 – ” Ses convictions féministes, elle les a forgées sur le terrain.”

Je n’ai pas de convictions féministes. « Seulement » humanistes. Les droits des femmes en font donc forcément partie. Mais en effet, c’est l’expérience qui prime à mes yeux. C’est elle qui donne toute sa dimension à la connaissance.


5 – “C’est en accédant à une renommée mondiale, en devenant la plus célèbre des frenchies de la Porn Valley, à Los Angeles, que Katsuni a conquis « le droit de dire non »…. Ses consoeurs moins bankables, elle en convient, n’ont pas forcément cette liberté.”

J’explique au contraire que le « non » doit être prononcé dès le départ, et qu’inversement, un oui devrait être dit et vécu pleinement. C’est la seule manière de vivre pleinement ses choix, de les assumer, d’en tirer un enseignement constructif, que ce soit à travers les succès ou les échecs (qui n’en sont jamais vraiment). Si je suis devenue « bankable » c’est en appliquant cette seule règle . Et oui, pour le comprendre, cela signifie aussi que je n’ai moi-même pas toujours su dire non, et j’ai tiré des leçons des fois où j’en ai payé certaines conséquences. Mais j’insiste: si la notoriété aide à imposer ses conditions, ce n’est pas elle qui confère le droit de dire non. C’est parce que j’ai tâché de prendre du recul, que j’ai réajusté mon comportement. Si ce n’avait pas été le cas, je n’aurais probablement pas eu cette carrière.

Ce n’est pas en réussissant qu’on s’impose, mais en s’imposant qu’on réussit. Cette liberté de choisir, nous l’avons toutes et tous.


5 – “Ainsi, à propos de sa rivale, Clara Morgane-la-blondinette, elle lance : « être la girl next door, quel intérêt ? Moi, je ne veux pas être l’image de la norme, sage et rassurante.”

Je mentionne Clara Morgane dans mon texte car c’est une figure incontournable du paysage X français même si elle y a fait un court passage (mais mémorable!). Et en effet, pas mal de monde m’a dit à mes débuts que je ne pourrais faire ma place, celle-ci étant déjà prise par Clara, ce qui est absurde. Chacun et chacune a sa propre place, il suffit de la créer soi-même. Je ne l’ai jamais vue comme une rivale puisque nous avions des intentions et une manière de vivre le porno très différentes. Chacune a tracé sa route à sa manière et c’est très bien. Cela confirme qu’il y a mille et une manières de vivre les choses et que le succès prend mille et une formes!


6 – La mode, c’est le porno « gonzo », celui qui fait « vrai ». …. Cette version froide, clinique, de l’esthétique du X, Céline Tran ne l’a jamais aimée. 

Bien au contraire je raconte mon amour du gonzo, ce genre peu esthétique, c’est vrai, mais permettant tellement de liberté, d’improvisation et donc… de plaisir ! En revanche, je raconte comment l’aspect industriel de la pornographie a peu à peu perverti les tournages. Ceux-ci finissant par s’enfermer dans une routine mécanique, où la performance sexuelle ne trouvait presque plus de sens ni de saveur. Cette lassitude s’est faite dans la durée. Et également parce que j’ai moi-même évolué au fil des années. Mais je le répète, vive le gonzo ! Et vive le porno ^_^

 

P.S: Je précise que ce texte n’est pas du tout une attaque envers Vice et encore moins envers l’auteure de cet article. Il me semble juste important d’être très claire dans mon discours vis à vis du public 🙂


Pour finir…

Bon, de toutes, manières, je regarde quasiment jamais de porno. Moi ce qui m’excite, c’est le réel : toucher, sentir, palper, embrasser…. et l’imaginaire : lire, écrire, deviner, jouer… Je n’ai jamais milité pour le porno, je dis simplement : que cela vous plaise ou non, j’ai adoré le pratiquer, et cette expérience m’appartient. Enfin, si vous prenez votre pied en en regardant, tant mieux pour vous… Et si vous prenez votre pied sans,  : continuez !


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P.S : merci à Mianka qui ‘mavait envoyé ce fan art , et que j’utilise allègrement aujourd’hui en illu! Image inspirée du teaser pour ma 1ère BD Heartbreaker 😉 Allez hop! J’en profite pour vous reposter ici la vidéo.

 

"On a plusieurs vies dans une vie."

Comments (6)

  1. Il est toujours agréable de pouvoir remettre les choses aux points et tu as bien raison de le faire!!

    1. Yes! Je précise que je ne remets pas en cause les compétences de la journaliste (elle l’a perçu comme une accusation). Je tiens seulement à être claire sur mon discours 🙂

  2. La comparaison avec Clara Morgane est d’autant plus surprenante que vous n’aviez pas vraiment le même registre de personnages ni, pourrait-on dire, la même gamme de jeu. En plus, si je ne m’abuse, vous avez vraiment commencé à devenir vedette après la fin de sa carrière X.

    J’aurais davantage compris une comparaison entre Clara Morgane et Mélanie Coste qui lui a “succédé” dans un registre comparable, mais là, bof…

    1. J’ai commencé alors qu’elle était en pleine montée. Ce n’est qu’une allusion rapide. La comparaison est juste évoquée dans la différence de démarches, rien de plus.

  3. Je t’ai découvert sous le nom de Katsuni, alors que dans le domaine de la pornographie je m’y connais pas du tout…Mais je trouve que t’es quelqu’un d’extraordinaire parce que tu assumes ce que tu fais et tu restes résonable et mature en même temps ! Ça a cassé l’image que j’avais de l’actrice du porno : J’avais cette image de la fille facile et inconciante. Mais toi c’est pas pareil, tu vis (tu vivais plutôt) ce que t’aimes c’est tout.
    Nan c’est tout ça pour te dire que j’admire énormément ta façon de penser et d’être
    Je t’encourage pour tes futurs projets et de tout ce que tu voudrais faire à l’avenir ! (^~^!)

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