Brimstone, coup de poing féministe

Brimstone, manifeste féministe

Il semble que le long-métrage Brimstone (encore actuellement en salles) ne fasse pas l’unanimité et attire même de vives critiques pour son aspect indiscutablement ultra-violent. Pour ma part j’avais d’abord été séduite par la bande-annonce. Son esthétique glaciale aux petits airs de The Revenant me semblaient prometteuses. Et ayant un penchant pour l’actrice Dakota Fanning que j’avais découverte dans La guerre des Mondes et dans The Runaways, j’étais prête à me laisser tenter.

Mais voilà que la veille de voir le film, je me retrouve face son affiche promotionnelle : » Brimstone, Un film féministe » Ouch. Voilà un terme avec lequel malheureusement je me sens souvent fâchée. A l’heure où certaines crient au scandale pour quelques centimètres de talons en trop en observant les guerrières du nouveau clan Power Rangers (je me demande si les plaignantes du coup, ne portent que des chaussures plates et ne portent que les cheveux courts pour revendiquer leur exigence d’égalité), j’avoue souvent frissonner à la lecture même du mot « féministe ». La bande-annonce du film est en tout cas loin d’annoncer un western à la sauce festive Sex In the City. Ici l’histoire promet une ambiance lourde, menaçante, celle d’une traque où la femme est proie et l’homme prédateur. Une histoire de vengeance ? Oui, mais pas que.

1Naître femme, un péché

  • Encore et toujours cette interprétation foireuse de la Bible: la femme issue de la côte d’Adam (qui est finalement une traduction erronée des textes), la pomme, le serpent, le péché originel… bref, la femme en prend pour son grade et c’est foutu d’avance. Voilà qui est bien pratique: sacraliser un jugement, voilà comment normaliser et légitimer le châtiment et une domination totale. (sociale, psychologique, physique, sexuelle). Ce péché ancré dans la chair dès la naissance est un premier pas vers la damnation. Le destin est d’ores et déjà scellé en fonction du sexe.  Naître femme, voilà déjà une première erreur.
  •  Lorsque la meilleure amie de notre héroïne (celle à qui on inflige aussi de se taire en lui coupant la langue) reçoit la lettre de son futur mari. Celui-ci précise qu’il cherche en sa nouvelle épouse une bonne cuisinière et éventuellement une mère pour lui donner un fils. Le « bonne cuisinière » serait perçu de manière sexiste de nos jours, mais à une époque où les rôles étaient équilibrés sous un autre mode (l’homme travaille et utilise sa force physique, et la femme tient le foyer) cela n’est pas spécialement choquant. L’ordre établi fonctionne ici sur la complémentarité (alors qu’aujourd’hui on est sur la recherche d’égalité dans tous les domaines). Mais c’est un fils qui est mentionné, non une fille. Car un garçon sera productif, il prendra la relève. Une fille, comme nous l’avons vu, est une tare et aujourd’hui encore nombre de cultures voient encore en la naissance d’une fille une forme de malédiction. Il semble donc n’y avoir que deux voies possibles oscillant entre les fameuses figures de l’épouse/mère et la sorcière/catin.

2 Devenir femme, un fardeau

  • La reproductrice : Dès lors qu’une jeune fille a ses premières règles elle quitte le monde de l’enfance, étant en âge de procréer. Dans Brimstone cette étape est prise au pied de la lettre. L’héroïne vient à peine de perdre son sang qu’elle quitte son statut d’intouchable. Désormais elle est tentatrice et elle-même exposée aux tentations. Elle suscite le désir et ne serait-ce que pour cette raison elle est forcément pécheresse. Dès lors que l’homme veut la posséder elle devient objet. Sa volonté devra s’asservir aux lois sociales et religieuses établies par…. les hommes. Un véritable mythe de Sisyphe.
  • L’épouse : Brimstone se focalise décidément sur tous les abus. Mariage forcé, maltraitances, viol, inceste, pédophilie, tous les vices se retrouvent dans ce long récit de torture. Il en ressort un modèle de l’épouse idéale : soumise, elle doit se taire, obéir et servir son maître quel que soit le comportement de celui-ci.

3- Une folie contemporaine

Il est difficile de ne pas être saisi de nausée et de ne pas détourner le regard. Je me suis plusieurs fois silencieusement insurgée dans mon fauteuil, détournant le regard de l’écran en me disant: « Là c’est trop. Trop pervers, trop violent, trop long ». Le mal est partout. Le personnage masculin principal, le terrifiant pasteur (incarné par le très bon Guy Pearce) dégage une telle rage qu’il en est caricatural, presque irréel. Est-il vraiment humain? Oui, car cette haine est bel et bien humaine et la folie qui guide ses actes n’est pas si irréelle. Combien de femmes battues, violées, harcelées chaque jour dans le monde? Sous couvert de croyances religieuses? de traditions? de logiques économiques? Brimstone a pour moi un goût amer d‘Irréversible de Gaspar Noé. Il va trop loin. Car il faut aller trop loin pour toucher là où ça fait mal. Il semble en tout cas que ce soit là le parti pris du réalisateur. (Martyrs de Pascal Augier m’a aussi donné cette impression).

 

Brimstone est une dénonciation de l’hystérie, du fanatisme, de la barbarie généralisée, rendue légitime par la loi de hommes. C’est un film sur la domination, l’esclavagisme. Et c’est cela qui est insupportable. Le spectateur s’attend à être embarqué dans une belle histoire de vengeance sur fond de grandes musiques et jolis décors, mais Brimstone nous connecte douloureusement à notre monde contemporain et la violence qui le gangrène. Piégé, contraint d’être réduit au rang de témoin impuissant, on est en droit de détester un tel film. Ce n’est pas un divertissement, c’est un manifeste, un coup de poing au ventre, nourrie de l’histoire de milliers, de millions de femmes. Et oui, il m’a touchée droit au coeur.

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"On a plusieurs vies dans une vie."

Comments (1)

  1. Bonjour Mme Céline, voilà une vidéo qui devrait être poster sur les chaînes nationnales, mais hélas ! … Un grand bravo et Merci. Michel.

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