Tharoth Sam, bokator et MMA fighteuse

RENCONTRE AVEC UNE MMA FIGHTEUSE

Aujourd’hui j’ai beaucoup de plaisir à vous présenter une jeune femme que j’aime beaucoup et avec qui j’ai eu la joie de travailler lors du tournage de la comédie d’action  Jailbreak . Tharoth est l’héroïne de ce film qui connaît actuellement un vif succès en salles au Cambodge . Tharoth Sam, 26 ans, surnommée « Little Frog » (La petite Grenouille) est une vraie petite bombe. Derrière ce visage angélique se cache une vraie furie. Combattante professionnelle en MMA, experte en Bokator, l’art martial national au cambodgien, Tharoth est le visage d’une nouvelle génération pleine d’espoir et de détermination…


LA GUERRIERE

Bonjour chère Tharoth, peux-tu commencer par nous dire quels arts martiaux pratiques-tu et quand as-tu commencé?

Bonjour! J’ai commencé à pratiquer l’art martial le Bokator il y a environ 9 ans, j’avais à peu près 18 ans. J’ai commencé à le pratiquer parce que j’aimais le sport depuis toute jeune. Et je voulais savoir me battre pour me protéger et protéger ma famille. J’ai aussi toujours voulu faire partie un jour d’un film d’action.
Comment es-tu devenue une combattante professionnelle ? Tu enseignes et fais des combats pro n’est-ce pas ?

Oui je combats en pro et j’enseigne de temps en temps. J’ai choisi de devenir combattante professionnelle car lorsqu’elle j’ai commencé j’étais juste une « performeuse » (je faisais des démonstrations de combats avec des chorégraphies, des sortes de katas par exemple etc) Ensuite j’ai voulu devenu plus forte, plus résistante. J’ai voulu goûter à une nouvelle expérience de vie afin de voir la différence entre faire du show et faire un vrai combat. Je veux aussi montrer aux gens que les filles peuvent se battre et être comme un homme parfois, quand elles décident de l’être.
Raconte une journée type et en quoi consiste ton entraînement ?

Tous les jours je me lève à 5h30 du matin pour aller courir. Ensuite je rentre à la maison pour rendre visite à mon père et aider ma mère pour des tâches ménagères. Puis je travaille l’après-midi du Lundi au Mercredi comme bénévole pour une radio indépendante. Enfin, le soir je m’entraîne de nouveau en Bokator, Kun Khmer kick Boxing ou MMA.

Tu fais des combats, dans quel état d’esprit es-tu avant, pendant, après ? Est-ce que tu penses à quelque chose en particulier ?

Lorsque je suis dans la cage face à mon adversaire je me sens un peu nerveuse au tout début. Et ensuite je me dis « Ils ne sont pas meilleurs que moi et je ne suis pas meilleure qu’eux, nous sommes juste humains. Donc soyons concentrée et focalisée sur ce qu’il y a à faire.

Combats intelligemment, donne le meilleur, et fonce ! »

LA REBELLE

Tu m’as dit une fois vouloir sensibiliser les femmes par rapport aux arts martiaux afin qu’elles apprennent à se défendre.  Quel est le statut de la femme au Cambodge ? Y a-t-il beaucoup d’agressions? Existe-t-il des mouvements féministes ? Toi même souhaites-tu véhiculer quelque chose?

Concernant le statut des femmes au Cambodge, ouai, des actes de violence arrivent très souvent contre elles et il y a beaucoup de viols. Et oui, il y a un mouvement féministe oui, à ce que je sache. Mais personnellement, si je suis une femme, je ne me considère pas comme féministe, je veux dire dans ma vie de tous les jours, quand je voyage, quand je m’entraîne etc… En fait je me considère surtout comme un homme, comme quelqu’un de sûre d’elle et de courageuse.

Que veux-tu dire par être «un homme»? Penses-tu à l’homme comme référence ou fais-tu plus allusion à la notion de force ?

Oui, pour moi les femmes devraient être comme les hommes parfois. Tu sais, pour tous les emplois effectués par les hommes, comme réparer le toit de la maison ou la plomberie, réparer sa voiture, son vélo etc. Et je veux aussi dire par là avoir un esprit fort, de ne pas être trop émotive. Les femmes devraient être comme ça parfois.

L’ACTRICE

 Qu’est-ce que tu aimes dans le fait de jouer? Est-ce un handicap à l’entraînement ? (par exemple Ronda Rousey a finalement dû choisir entre sa carrière de combattante et celle de star du cinéma)

Qu’est-ce que j’aime dans le jeu ? Je pense que j’aime ça parce que parfois c’est marrant, et jouer pour moi, c’est comme apprendre quelque chose. C’est un mélange d’art et de leçons de vie, et plus encore. Et oui c’est très difficile de faire les deux, jouer et s’entraîner, parce que c’est juste trop de travail. A un moment c’est plus possible de tout faire bien. Quand tu es trop occupée à tourner tu n’as plus le temps de te concentrer sur l’entraînement et ensuite ta carrière de combattante régresse.

Combien de films as-tu tourné à ce jour ?

Pour l’instant j’ai joué dans 8 films dont certains avec des rôles principaux.
Tu as récemment participé au tournage d’ Angelina Jolie pour son long-métrage « First, they killed my father »(produit par Netflix). Quelques mots sur cette expérience ?

Le film sur lequel j’ai travaillé avec Angelina Jolie, je dois dire que ce fut une expérience incroyable! J’étais tellement excitée le premier jour où je l’ai rencontrée. J’ai même eu la chance de lui parler en personne et de recevoir des compliments enthousiastes de sa part. Elle était vraiment belle, douce, gentille. Une personne généreuse. Je suis tellement fière pour mon pays, le Cambodge. Fière qu’elle ait choisi tellement de personnes talentueuses de notre peuple pour travailler avec elle.

Quelle est la spécificité de Jailbreak par rapport aux films que tu as tournés ?

Comparé aux autres films que j’ai pu faire, Jailbreak est un film d’action très spécial. C’est le premier film 100% action au Cambodge. Je suis aussi très fière d’être dans ce film car nous montrons beaucoup de Bokator, l’art martial Khmer et aussi beaucoup de nos jeunes talents. Et j’adore ça parce que j’y joue un flic bien bad-ass ce qui signifie que je peux montrer le « girl power ». Et je peux aussi représenter mon pays. C’est ce que j’aime le plus dans ce film.

 LA FEMME

Tu as posté sur ton profil Facebook des photos de toi en tant que combattante mais aussi  en tenue traditionnelle de danseuse. Le contraste est saisissant mais tu es radieuse dans les deux cas ! Comment te définis-tu en tant que femme ?

Parfois je poste des photos de moi en tant que combattante avec mon short Kun Khmer et  en tant que jolie danseuse parce que je pense que ces photos parlent d’elles-mêmes et disent tout!(rires) J’aimerais exprimer cela :

je peux être une fille « bad-ass » et aussi une gentille fille bien élevée. Je peux  être une guerrière, une danseuse, une chanteuse.

Quelle est la définition de la féminité pour toi ?

La définition de la féminité pour moi c’est être belle, être enragée quand il s’agit de se battre, intelligente, attentionnée, « bad ass », courageuse, douce et forte physiquement et mentalement…Une super-héroïne en fait, et même plus. (rires)

Quelle image as-tu de la France et des Français? Aimerais-tu venir un jour nous rendre visite?

J’espère que j’aurai un jour la chance de visiter Paris , de visiter les endroits célèbres, la Tour Eiffel… Quand je pense aux Français je pense avant tout à l’art…aux parfums aussi! Et à la créativité.

Comment te vois-tu dans 10 ans?

Dans 10 ans ? J’en sais rien. Je ne peux m’imaginer dans 10 ans, pas pour l’instant. Peut-être que j’aurai déjà du succès dans ma carrière et que peut-être je serai en train d’enseigner les arts martiaux à mes enfants et aussi aux jeunes générations pour mon pays le Cambodge.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour 2017 ?

Souhaitez-moi prospérité et succès dans tout ce que je fais afin que je puisse mettre toute mon énergie dans mon travail que j’accomplis pour mon pays, pour les futures générations afin de devenir un bon modèle pour elles.

Merci à tous pour l’interview !


Le mot du Producteur de Jailbreak, Loy Te:

Avant même d’avoir commencé a écrire le script pour Jailbreak, nous nous étions mis en tête qu’il nous faudrait un personnage féminin. Un personnage un peu à la Michelle Rodriguez qui soit ”bad ass”.

Lorsque nous avons choisi Tharoth pour le rôle, il y avait des raisons bien évidentes. Championne de MMA au Cambodge, membre de l’équipe nationale de Bokator, parfaitement bilingue Khmer et Anglais… Tharoth présente une certaine beauté naturelle non sans rappeler les traits de visage des Apsaras sur les temples d’Angkor. Mais si elle a beau être un véritable monstre sur le ring et les vidéos de ses combats nous ont fort impressionnés avant de la rencontrer. C’est ce  qui nous avait véritablement séduit. Sa personnalité.

 D’autre part Tharoth s’est avérée être la personne avec le plus grand coeur que l’on ait pu espérer avoir sur le set. Issue d’une famille très modeste, ses efforts ont toujours été tournés vers l’idée d’aider ses parents, de prendre soin d’eux. Mais elle prend également soin des autres. C’est une grande soeur pour tout le monde, toujours le sourire aux lèvres. Et elle trouve toujours moyen de nous faire rire.

Sa détermination de suivre sa passion pour les arts martiaux malgré les stéréotypes sur les femmes au Cambodge fait d’elle un rôle modèle idéal pour les jeunes, un symbole pour inspirer les nouvelles générations à surpasser les discriminations féminines et oser croire en leurs rêves quels qu’ils soient. Et c’est aussi son but dans sa carrière. Elle souhaite inspirer les autres jeunes femmes dans leurs vies.

C’est un message auquel on tenait beaucoup dans un pays où la femme est encore trop souvent dévalorisée.

 

 

 

"On a plusieurs vies dans une vie."

Comments (2)

  1. Elle a l’air sympathique et ça donne envie de la voir en action dans le film. 🙂

  2. Tiens, je viens d’apprendre que l’acteur Sisowath Siriwudd, qui joue le rôle de la grosse brute « Bolo » dans le film, était un prince de la famille royale cambodgienne ! (j’aurais du m’en douter en voyant son nom) Décidément, le casting est intéressant…

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