« J’ai décidé que je ne pouvais plus continuer à cacher mes penchants à ma femme »

Bonjour à toutes et à tous, nous nous retrouvons aujourd’hui pour un nouveau #CourrierDesLecteurs . L’esprit était à la fête lorsqu’il était question de partager avec vous ma « science » du cunnilingus. Aujourd’hui le sujet est beaucoup plus délicat. La sexualité ce n’est pas juste un rapport qui implique deux corps, il met en jeu des émotions, des sentiments, une intimité qui participe à la construction de soi et s’il peut apporter beaucoup de plaisir, il peut aussi s’avérer parfois destructeur … Pas facile de faire le tri entre fantasmes, désirs, et réalité.


« Bonjour Céline et merci pour votre blog, sensible et bien écrit.

Je m’adresse à vous pour vous parler d’un problème qui me touche assez profondément depuis quelques années, et qui relève de ce que l’on appelle parfois une sexualité « déviante ». Depuis longtemps, je suis en effet attiré par le sado-masochisme, ou « BDSM », plus ou moins soft (bondage, humiliations, etc.) tendance soumis. Ces envies me sont venues quand j’avais dix-huit ans et, à l’âge de dix-neuf ans, j’ai décidé de passer à l’acte en me payant une séance chez une dominatrice professionnelle. Cette expérience m’a plu mais je me suis ensuite arrêté là, d’abord parce que je n’avais pas les moyens financiers de poursuivre régulièrement – j’étais encore étudiant – et ensuite parce que je cherchais avant tout une relation stable, que je n’associais pas à ce fantasme.

Les années ont passé, j’ai rencontré celle qui partage toujours ma vie, nous nous sommes mariés et nous avons eu trois enfants. Mais au bout de quelques années, et les frustrations de la vie conjugale s’accumulant, mes penchants – je pourrais dire mes pulsions – sont revenues me titiller. N’osant pas en parler à ma femme, j’ai voulu épicer ma vie, et j’ai refait une séance chez une dominatrice, puis une autre. Ce genre d’ « extras » a fini par devenir régulier, et même par ressembler à une forme d’addiction.

Pris dans un dilemme moral, j’ai décidé que je ne pouvais plus continuer à cacher mes penchants à ma femme. J’ai finalement pu trouver le courage de m’ouvrir à elle. Cependant, bien qu’elle ait été compréhensive et que nous ayons pu partager certains jeux, elle est largement étrangère à ce trip. Nous nous sommes contentés d’épicer nos rapports de certaines petites choses, de manière occasionnelle, sans que cela ne ressemble jamais à un véritable rapport SM.

J’ai donc continué à m’offrir des « à-côtés » chez des dominatrices, jusqu’à devenir habitué de l’une d’elles, avec qui j’ai d’ailleurs noué des rapports plutôt amicaux entre deux séances de « raclées ». Je me retrouve cependant  dans une contradiction morale vis-à-vis de ma femme, que j’aime toujours. Je souffre de la « tromper » (même si je n’ai pas de rapports sexuels à proprement parler avec les dominatrices, il s’agit quand même d’érotisme) pour compenser mes frustrations. C’est devenu un non-dit pesant entre nous deux. Pour tout dire, je me fais parfois l’impression d’être un pervers ou d’un salaud.

Je me tourne donc vers vous pour vous demander conseil : j’ignore si vous avez une connaissance ou un intérêt quelconque pour les pratiques SM, mais vous êtes peut-être à même de me conseiller sur ce qu’implique dans une vie de couple le fait d’avoir un fantasme, ou un goût sexuel non partagé par son/sa partenaire.

Selon vous, que dois-je faire ? Arrêter de voir d’autres personnes et me résigner dans l’espoir que cela me passera, au risque que cela ne fonctionne pas et que j’accumule à nouveau les frustrations ? Lui parler franchement et lui demander une nouvelle fois si elle veut bien essayer ? J’ai le sentiment d’être dans une impasse morale et sexuelle et j’espère que vous pourrez me donner quelques conseils, d’un point de vue de femme et de bonne connaisseuse des relations humaines.

Merci d’avance, si vous avez la possibilité de me répondre.


Bonjour

Voilà un message très intéressant et je vous remercie sincèrement de me l’avoir adressé. Vous évoquez un problème qui est loin d’être rare dans un couple et à vrai dire le fait qu’il s’agisse de pratiques SM est à mon avis secondaire. ( et le terme déviant pour moi n’a pas vraiment de sens, existe-t-il une norme en sexualité ? ) Comme vous le dites très bien , la vraie question c’est cette impasse, cette incapacité à partager la totalité de votre sexualité avec votre femme.(La question serait la même pour quelqu’un qui souhaiterait avoir une vie libertine ). Il n’y a pas de raison que vous culpabilisiez sur ce que vous êtes fondamentalement,  mais il est légitime de connaître un profond malaise si vos envies vous empêchent de vivre une vie de couple harmonieuse. Permettez-moi de reprendre des termes que vous avez employés et de soulever quelques questions. Car la réponse ce n’est pas moi qui l’ai, c’est vous.

 

  • « je cherchais avant tout une relation stable, que je n’associais pas à ce fantasme. » S’il est absolument possible d’avoir une sexualité épanouie et diversifiée avec la personne que l’on aime et avec qui on vit, cela n’empêche pas d’avoir des fantasmes qui ne la concernent pas. Reste à voir si ce ne sont que des fantasmes (des pensées et images qui stimulent la libido et nous inspirent lorsque nous nous masturbons par exemple), ou des désirs (et dans ce cas l’idée ne suffit plus, le passage à l’acte est souhaité.) Ce qui était pour vous au départ un fantasme puis une expérience extraordinaire est devenu une pratique intégrante de votre sexualité et donc en quelque sorte nécessaire. Cette vie stable que vous visiez il y a plusieurs années, la voulez-vous toujours?
  • Vous évoquez « les frustrations de la vie conjugale »/ » pour compenser mes frustrations » Parlez-vous de frustrations sexuelles uniquement? Comment celles-ci sont-elles apparues ? Depuis quand ? Y a-t-il eu un évènement qui a « refroidi » votre complicité et votre désir de couple ? S’agit-il d’un ennui global ? Faites-vous toujours l’amour ? Jouit-elle ? Et vous, parvenez-vous toujours à ressentir du plaisir ? Avec le temps, le stress, la vie de famille, l’acte sexuel peut devenir mécanique et se transformer petit à petit en une rencontre froide où chacun finit par renoncer, se résigner, s’endormir et éventuellement se contenter de cette nouvelle routine. Or, le SM est le domaine de prédilection pour générer de l’adrénaline. Il est la tension par excellence, physique et mentale. Le rapport de confiance est total, il faut » sentir » l’autre pleinement pour le pratiquer. Il n’est pas étonnant que cela vous procure une sorte de sensation de décharge électrique surtout si vous êtes lassé dans votre vie amoureuse. Le fait que vous ayez été tenté de sortir de cette léthargie est donc « logique », beaucoup de personnes , sans pratiquer le SM, sont à la recherche d’un « réveil », d’un retour aux frissons de la première fois et cela peut les mener à vivre des aventures extra-conjugales, parfois même à être émotionnellement destabilisés.
  1. Mais soyons pragmatiques, même si cette sexualité vous procure des sensations inédites et vous donne la sensation d’être »vivant » , elle n’est pas vitale. Vous avez très bien vécu sans pendant des années et vous pourriez tout aussi bien continuer sans, si si . Mais il y a deux problèmes : le choix d’y retourner est une réponse à un  ennui que vous semblez vivre au quotidien.
  2. Le « remède » est devenu toxique. Vous parlez vous-même :« d’addiction. » Je vous propose pendant quelques minutes d’essayer de vous détacher de votre culpabilité. J’aimerais que vous réfléchissiez et répondiez très sincèrement à cette question : Imaginons que votre femme n’éprouve pas du tout de jalousie et se montre satisfaite, est-ce que vous vous sentiriez soulagé et souhaiteriez continuer de la sorte ? Ou est-ce qu’il manquerait toujours quelque chose pour vous combler ? En somme, sans tenir compte des autres et donc de l’aspect moral, qu’est-ce que vous voulez vraiment pour vous sentir heureux ?  Je ne vous demande pas d’être égoïste mais juste de vous poser sincèrement cette question afin d’y voir plus clair et de faire le tri. Il est indispensable à mon avis que vous sachiez ce qui pour vous est une configuration idéale. C’est en la visualisant que vous pourrez ensuite agir et « ajuster » la réalité, faire des choix. Car n’oubliez jamais une chose, même si cela peut vous sembler douloureux, vous avez le choix. La balle est dans votre camp.
  • « Pris dans un dilemme moral / «Je me retrouve cependant dans une contradiction morale vis-à-vis de ma femme, que j’aime toujours. Je souffre de la « tromper » Alors non , vous ne la trompez pas. Elle est au courant et vous n’avez pas de rapports sexuels ailleurs; mais oui, c’est tout de même un rapport de nature érotique qui touche à l’intimité et cela ne se fait pas dans une « complicité heureuse » avec votre femme. Le dilemme ne réside pas dans le mensonge mais dans le fait vous ne lui » apparteniez  » plus totalement et pour ceux qui ont une vision conventionnelle du couple, c’est un problème. Bon, les autres, on s’en fout. Personne n’est en droit de vous juger, il n’y a pas de modèle imposé en amour ; certains couples par ex. vivent une union libre et peuvent très bien avoir leur équilibre. Le plus important c’est ce point de rencontre qui vous permettra à tous les deux d’être heureux, et pour cela il faut que chacun puisse s’exprimer et surtout, que vous vouliez tous les deux la même chose : être épanouis seuls, ET ensemble.
  • « c’est devenu un non-dit pesant entre nous deux » Une distance continue de se creuser entre vous et cela fait tout de même des années que ça dure. On ne parle pas d’une aventure sous le coup d’une impulsion, vous avez modifié votre mode de vie, adopté une routine, créé des liens de nature érotique en dehors de votre couple. Une question simple : voulez-vous rester avec votre femme ? Réfléchissez-y sereinement. On peut très bien aimer profondément quelqu’un et réaliser que l’on n’est plus amoureux, que l’on souhaite poursuivre son chemin dans une autre direction . Oubliez une seconde la maison achetée ensemble, l’entourage, les beaux-parents, vos enfants et posez-vous la question : où en êtes-vous dans votre relation amoureuse ?  Il est urgent que vous en discutiez, vraiment. Je ne peux que vous encourager à aller consulter ensemble un psychiatre spécialisé en thérapie de couple. Pourquoi ? Parce qu’il est nécessaire que vous vous exprimiez calmement tous les deux et de manière équitable, devant une personne neutre et qualifiée qui ne vous jugera pas, qui vous écoutera, et surtout qui vous mettra sur des pistes de réflexion. Il y a à mon avis deux points à aborder :
  1. l’addiction qui au-delà du plaisir (et je vous comprends très bien croyez-moi!) peut être nourrie par une forme d’anxiété, d’un « manque » dont vous ne soupçonnez peut-être par les origines.
  2. Et évidemment votre relation avec votre femme. Cela pourrait lui faire le plus grand bien de livrer elle-aussi ses désirs et ses frustrations.
  • En somme vous devez vous confronter au fait de savoir si aller voir d’autres femmes est pour vous une fuite ou au contraire une forme de réconciliation. La situation que vous exposez est relativement courante mais néanmoins complexe . Comme vous le dites il y a un sentiment terrible d’impasse lorsqu’on sent être appelé à faire quelque chose mais que ce choix implique de faire souffrir l’autre. (Et en effet, j’ai été moi-même confrontée à cela lorsque j’étais actrice et en couple, il y a forcément de la casse.) Quand l’autre décide de vivre des aventures de son côté, un sentiment d’impuissance se développe. On se sent rejeté, moins désirable, autant dire que ça n’aide pas la libido et la confiance en soi. C’est une spirale de l’échec… Mais votre démarche en me contactant montre que vous cherchez des solutions et vouloir que les choses s’arrangent est la 1ère étape. N’hésitez pas à me tenir au courant de la suite (si bien sûr vous en avez envie). Et sachez que je peux aussi vous conseiller une excellente psychiatre qui est basée à Paris.

 D’ici là, faites-moi plaisir, prenez tendrement votre femme dans les bras, regardez-la dans les yeux, serrez-la fort, à défaut de partager avec elle votre péché « mignon », montrez-lui à qu’elle point vous l’aimez. Aimer quelqu’un ce n’est pas juste le dire avec des mots, c’est avant tout le montrer, le transmettre.

La passion est souvent éphémère, le désir fragile, mais la tendresse, la douceur, l’attention ne devraient jamais faiblir. Câlinez-la, embrassez-la non pas pour vous faire pardonner, ne le faites jamais par défaut. Faites-le pleinement,  montrez-vous généreux avec elle. Vous aimez recevoir une attention exceptionnelle de la part de vos Maîtresses? Vous « vivez » dans leur regard n’est-ce pas?  Votre femme ,elle, ne demande pas votre fascination mais votre amour, votre écoute, votre présence. Elle est votre compagne et votre égale, et en cela, elle est bien au-dessus de toutes les autres. Donnez-lui ce qu’il y a de plus précieux en vous.


 

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"On a plusieurs vies dans une vie."

Comments (1)

  1. Céline,

    Merci infiniment pour votre réponse. J’ignore si ma femme sera disposée à ce que nous voyions ensemble une thérapeute – elle risque d’être un peu offensée à cette idée, et il faudra que je me montre convainquant – mais c’est une idée qui me semble très valide dans l’absolu. Dans l’immédiat, vous avez profondément raison quand vous soulignez qu’en cherchant cette « adrénaline » c’est avant tout ma femme que je cherche à retrouver, et que le fantasme est là pour combler un manque. C’est en effet un problème que nous ne pourrons résoudre qu’à deux, et par notre amour mutuel. Merci encore.

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