Alex Alice: La tête dans les étoiles

Après avoir lu la bande-dessinée Le Château des Etoiles il y a quelques semaines j’ai immédiatement eu envie de vous écrire un petit mot à ce sujet et j’ai finalement préféré attendre. Me voilà ces jours-ci au Festival d’Angoulême et après avoir visité l’exposition au Musée de la Bande-dessinée, je craque. Il est grand temps que je vous dise tout le bien que je pense de cette petite merveille…


LA BANDE DESSINEE

Si vous êtes amateur de BD vous avez sans doute déjà entendu parler d’Alex Alice et de ses séries et Le 3ème testament et  Siegfried. Si vous n’êtes pas encore amateur alors il y a de fortes chances que vous le deveniez, car Alex Alice nous livre avec Le Château des Etoiles   une œuvre qui va vous faire tourner la tête. Inspiré par la littérature de Jules Verne (et en particulier par le roman « Autour de La Lune »), il a également puisé dans la sensibilité du romantisme allemand et les récits d’aventure : Le Tour du Monde en 80 jours, Les Aventures du Baron de Münchausen, De cape et de crocs, Dinotopia, Les mystérieuses cités d’or , Le château de Cagliostro (de Miyazaki), Les Cités Obscures (de François Schuiten), le manga Albator, et autant de références qui ont pu émerveiller notre enfance………

C’est à travers un périple dans l’espace, qu’Alex Alice nous propose à tous, adultes comme enfants, une aventure hors du commun

et un parcours initiatique où s’entremêlent fantastique, science-fiction et esthétique steampunk. » Histoire mignonne et fleur bleue ? » Pas tant que ça. Comme le fait un conte à travers images et métaphores, le Château des Etoiles flotte dans l’imaginaire mais s’ancre dans des réflexions historiques et sociales concrètes en prenant comme toile de fond les conflits européens de la fin du XIXe siècle et le positivisme scientifique. « Ok alors c’est prise de tête ? » Bah non, non plus. Il nous prend la main et nous guide dans un univers teinté de poésie, pimenté par une irrépressible envie d’aventure et d’exploration ; et honnêtement, on a plus trop envie de revenir sur Terre.

L’HISTOIRE

  • « Au XIXe siècle, d’intrépides explorateurs repoussent sans cesse les limites de l’inconnu. Avides de nouvelles découvertes, ils tournent leurs regards vers les étoiles…. Et si la conquête de l’espace avait un siècle d’avance ? Et si le ciel était tel qu’on l’imaginait voici 150 ans, plein de merveilles et de promesses, si près qu’on pourrait le toucher du doigt, à bord des fantastiques machines qui s’élèvent sous le regard d’un roi, au-dessus des tours du Château des étoiles ?
  • 1869, Nord de la France. Un an après la mystérieuse disparition de la scientifique Claire Dulac, le jeune Séraphin et son père échappent de justesse à une tentative d’enlèvement fomentée par des Prussiens. Seraient-ce les recherches sur l’éther de Claire Dulac qui intéressent ces sombres individus ? Séraphin et son père doivent-ils répondre à la mystérieuse invitation du roi Ludwig de Bavière ?
  • Quels secrets recèle le Rocher du Cygne, ce château féerique construit par Ludwig au sommet d’une montagne ? La course à l’éther, clé de la conquête de l’espace, est lancée… nos héros parviendront-ils, en plein XIXe siècle, à ouvrir les portes des étoiles ? »

Source => Site officiel du Château Des Etoiles

L’UNIVERS

Cette œuvre très personnelle (elle germait dans l’esprit de son auteur depuis son enfance après avoir lu le roman d’anticipation Autour de la Lune et a commencé à se mettre en place en 2008) réunit tous les sujets et thématiques qui lui sont chers . Mêlant sciences et imaginaire, tout y est possible tout en étant d’une rigueur folle : références à un contexte politique et historique, à des personnages réels ( le roi de Bavière, Bismarck, Sissi), élaboration de machines à la beauté réside autant esthétique que  technique. Alex Alice ne se « contente » pas d’écrire et d’illustrer, il collabore aussi avec d’autres artistes, explorant lui aussi, allant jusqu’à dessiner les plans d’une maquette pour concrétiser le rêve, le mettre en forme.

Alex Alice est un alchimiste,

il s’amuse des contraintes et des « accidents » dans la réalisation de ses planches où le « chaos » entre papier et aquarelle donne naissance à une œuvre vivante. Derrière l’exigence du détail, il y a avant tout la poésie, un élan qui nous pousse à flotter dans les nuages et se dire : on est probablement perdu mais ce n’est pas grave, on est très bien ici entre Ciel et Terre.

L’OBJET

Comme je le disais Alex Alice ne s’en tient pas à écrire et illustrer, il rend aussi l’histoire visible à travers l’objet, il montre que le rêve né dans l’esprit d’un petit garçon devient possible, qu’il est alors palpable et plausible. Le travail d’édition réalisée par Rue De Sèvres est à l’image de cette exigence et nous offre le plaisir de tenir dans nos mains le « Livre objet » et ses dérivés.

Aujourd’hui, la série comporte deux albums qui forment un premier cycle.  Tout d’abord publiée dans un format Journal en plusieurs gazettes (clin d’œil aux romans feuilletons du 19ème siècle) , celles-ci sont enrichies d’articles et de publications « d’époque », apportant une note exclusive par rapport aux publications « livre ».

Parallèlement à ces gazettes et au format livre, la maison d’édition Rue de Sèvres réalise un travail ambitieux qui ravira les lecteurs collectionneurs en proposant également une édition « grand format »  ainsi qu’un diptyque complet en un étui réunissant les 2 premiers volumes. Mais ce n’est pas tout ! Pour les amoureux de beaux objets, un coffret cadeau est aussi disponible :  boite avec couverture inédite, almanach perpétuel avec des illustrations tout aussi inédites, (avec strips d’invités de marque), une maquette de l’Ethernef, le Nautilus de nos héros à monter soi-même. (plans dessinés par Alex Alice himself s’il vous plaît).

L’EXPO

L’exposition mise en place au sein du Festival d’Angoulême et visible au Musée de la Bande Dessinée est une nouvelle étape dans la conquête d’Alex Alice. Cette fois-ci c’est une invitation à visiter en immersion son processus de création et son « univers étendu ».

Nous parcourons alors avec délice 5 salles différentes à travers un petit parcours feutré parsemé d’œuvres, de planches, de maquettes (réalisées par Jacques Primo), d’accessoires (le carnet de bord de Claire Dulac, la mère du héros, Séraphin, mais aussi ses affaires de voyage, son ballon d’expérimentations scientifiques), d’ouvrages de référence et de livres anciens (dont L’astronomie populaire de Camille Flammarion, 1880) jusqu’au magnifique bureau sur lequel il réalise son travail. Je vous l’ai dit, c’est un alchimiste. Je ne serais pas étonnée de le savoir un jour retraité dans la plus haute tour d’un château en Bavière…

La scénographie est impeccable. Lumières tamisée, ambiance musicale wagnérienne , rideaux de velours bleu nuit, cadres raffinés, vitrines de cabinet de curiosité, et pour finir en beauté, énorme globe lunaire suspendu devant nous, irradiant la salle d’une lumière douce où sont exposés deux scaphandres que l’on retrouve dans l’Ethernef . Nous sommes définitivement partis en expédition…


Et vous, monterez-vous à bord? Il ne vous reste qu’à tenter l’expérience… Et pour cela, il suffit de tourner une première page…

 => Le Château des Etoiles

 


"On a plusieurs vies dans une vie."

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