Art et artisanat du Moyen-Âge: les Enluminures

Comme vous le savez probablement déjà j’éprouve un malin plaisir à me balader dans le temps, et rien ne vaut que de visiter des musées, châteaux, lieux abandonnés ou insolites pour se retrouver propulsé dans une autre époque. Aujourd’hui je vous propose d’effectuer un saut encore plus radical car vous n’allez pas juste vous positionner en visiteur : vous allez être « pratiquant ». Quoi de mieux pour comprendre une époque que de reproduire les gestes qui lui sont propres ?


L’ENLUMINURE

C’est ce que propose l’Atelier Mesnig basé à Asswiller près de Strasbourg, en organisant régulièrement des stages et animations un peu partout en France afin de proposer une initiation à l’art de l’enluminure. L’enlumi-quoi ? Il suffit de prononcer ce mot pour que les yeux s’écarquillent et que les sourcils se froncent. De quoi s’agit-il ? De fabriquer des lampadaires ? Allons allons, vous en avez vues dans le cultissime Nom de la Rose (avec Sean Connery et Christian Slater), dans la série Vikings avec ce cher Athelstane. Vous ne voyez toujours pas ?

Si je vous dis, monastère, parchemin, plumes, encres, or, calligraphie… ?

Et bien l’enluminure c’est tout cela à la fois, ce sont les ornements, les miniatures illustrant les manuscrits, notamment au Moyen-Âge. Comme son nom l’indique, elle a pour fonction de mettre en lumière un texte, de proposer éventuellement une double lecture ou des informations complémentaires à travers des lettrines, des scènes figurées, des compositions décoratives, et incluent des symboles, personnages, créatures fantastiques, annotations etc… sans d’ailleurs se priver parfois de quelques touches humoristiques.

Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que comme tout ce qui se trouve sur ce blog, mon intention est de partager avec vous ce qui me touche, ce qui me plaît, ce qui peut faire partie de mon quotidien. Or, frappée de plein fouet par la beauté mystique du Nom de La Rose étant petite (je vous recommande autant le livre d’Umberto Ecco, que le film), je n’ai depuis jamais cessé d’être fascinée par cette « discipline ». Autant art qu’artisanat, l’enluminure ne consiste pas juste à peindre, mais à également acquérir un enseignement complet sur l’élaboration du livre, de la reliure, sur la fabrication des pigments, la préparation du parchemin, le travail à la feuille d’or, l’histoire et l’iconographie médiévale. En somme, connaissances, minutie, patience, délicatesse sont des qualités essentielles pour mener à bien ce travail d’alchimiste.

LES STAGES: APPRENDRE & PRATIQUER

Pour les avoir testés, je ne peux que vous recommander les stages de Thierry Mesnig (j’y suis moi-même allée à trois reprises). Au-delà de l’apprentissage et de la pratique manuelle, suivre un stage d’enluminure c’est aussi s’octroyer une petite semaine de retraite loin des préoccupations et du bruit de la vie quotidienne. Car pour effectuer les choses dans les règles, les stages se déroulent non pas dans une salle de classe mais…. entre les murs d’un monastère. Et pas n’importe lequel. Le monastère en question est la magnifique Abbaye Notre-Dame d’Œlenberg située à une dizaine de kilomètres à l’Ouest de Mulhouse, sur les hauteurs d’une colline où ses fondations prirent racine dès le XIème siècle.

« Mais je ne sais pas dessiner, je n’arriverai pas à suivre ! », «Je ne suis pas croyant, pas pratiquant, je ne suis pas de confession catholique, je ne serai pas à ma place, pas à l’aise ». Pas d’inquiétude! Nul besoin d’être un érudit en arts plastiques pour s’inscrire, tout s’apprend étape par étape, et vous seriez surpris des résultats que vous pourrez obtenir au bout des 5 jours de stage.

LA RETRAITE: SE RESSOURCER

Quant à l’aspect religieux il n’est qu’un élément complémentaire. La porte de l’Abbaye Notre-Dame d’Œlenberg est ouverte à toutes et à tous. Logé, nourri, il ne vous est demandé que d’observer beaucoup de discrétion et de mettre la main à la patte lorsqu’il s’agit de mettre la table, desservir et faire la vaisselle. La vie en communauté tout simplement. Pour le reste vous avez le choix d’assister aux offices mais rien ne vous contraint à adopter l’aspect spirituel du lieu. Un monastère cistercien a pour règle d’ouvrir ses portes aux visiteurs comme il le ferait avec le Christ.

Vous êtes donc reçu avec le sourire sans être jugé. En somme une réelle bouffée d’oxygène.

Je ne vous cache pas que de me réfugier dans un tel endroit après un séjour dans la Porn Valley à Los Angeles n’a pu m’apporter que du calme et de la sérénité. Loin de tout, physiquement, mentalement, la seule préoccupation du quotidien s’étend sur quelques centimètres de table où tout se joue, entre feuilles d’or, plumes et pinceaux. Le soir, je rejoins ma chambre située tout au bout d’un couloir qui plongé dans la pénombre, n’est pas sans m’évoquer quelques scènes anthologiques de films d’horreur, mais je sais qu’ici je suis en lieu sûr… à priori. Puis, quand le souper est terminé, vers 19h, il est temps de se rendre dans la bibliothèque sur la pointe des pied, lieu de repos et de travail pour les visiteurs. Le parquet craque, j’avance doucement.

LES PLAISIRS COUPABLES

Arrivée à la petite pièce j’allume mon ordinateur portable et clique sur le réseau wifi. Et oui, le soir je retrouve ma connexion au monde, à ma  manière. Je m’enfonce entre les bras de mon canapé favori, celui tout au fond de la pièce dont je peux observer tous les faits et gestes et j’y visionne avec délice, casque sur les oreilles, les derniers épisodes de Walking Dead. Parfois, un moine fait son entrée, vient chercher quelques livres, puis sa silhouette glisse en silence dans l’embrasure de la porte. Voilà ce que j’appelle, une bonne soirée ….

Demain j’envisagerai une petite visite de la boutique monastique et y ferai le plein de biscuits sablés, pains d’épice, hypocras, confitures, et autres friandises. La gourmandise a bel et bien sa place au sein d’un monastère, mais que voulez-vous, pour apprendre à perpétuer une tradition, il faut bien en goûter les plaisirs. Et pour vous mettre l’eau à la bouche, je vous invite à visionner la petite galerie photos où vous trouverez les photos réalisées lors de mes stages ainsi que certaines des œuvres de Thierry Mesnig…

 


L’ATELIER  :

« Depuis maintenant plus de 20 ans, l’atelier d’enluminure Mesnig travaille sur le manuscrit médiéval à peintures par le biais de recherches, de restaurations, de créations et d’ateliers. Autodidacte, Thierry Mesnig, dans sa recherche de l’excellence, a su rapidement trouver des soutiens auprès de conservateurs, chercheurs et spécialistes du livre ancien. Aujourd’hui son sérieux et son professionnalisme lui permettent d’intervenir sur des collections de prestige ainsi que sur des sites renommés par le biais de son atelier ou de sa compagnie de reconstitution historique. Son travail en iconographie lui permet de créer des œuvres originales historico-compatibles, avec pour période de prédilection le XVe s. Spécialiste de la typologie du manuscrit enluminé, l’atelier se consacre maintenant presque exclusivement à la création de manuscrits originaux complets. Seul atelier d’enluminure étant centre de formation (formateur diplômé), il propose des stages et des formations professionnelles soit décentralisés (abbaye, bibliothèque, musée…) soit directement en son atelier alsacien. »

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"On a plusieurs vies dans une vie."

Comments (2)

  1. Dodo ce Calligraphe! (Allez, soyons sérieux.)
    C’est toujours un plaisir de lire tes articles! D’autant plus quand ça parle d’un sujet en lien avec la Typographie (Les Enluminures se rapprochent pas mal des Lettrines comme tu le précises.) Ayant eu la chance d’avoir eu des cours de Typographie lors de mes études, La Calligraphie en faisait partie et je me rappelle avoir eu quelques cours également sur les Lettrines et les Enluminures! Des bon souvenirs qui remontent!

    Encore une fois, excellent blog, vraiment plaisant à lire!

    ps: Attention aux feuilles d’or, ça a tendance à voler partout 😉

  2. Beau billet… d’autant plus qu’il est inattendu ! 🙂

    Ma tante m’avait parlé naguère d’une retraite spirituelle de quelques jours qu’elle avait fait dans un monastère ; ce billet m’y fait repenser et du coup j’ai bien envie d’essayer moi-même un de ces jours.

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