Attacher pour mieux jouir

Le bondage, ou le plaisir d’ attacher

Bonjour à toutes et à tous, voici le nouveau #CourrierDesLecteurs.  Aujourd’hui nous allons aborder un thème connecté aux pratiques fétichistes, je veux parler du plaisir d’attacher. Et vous, avez-vous des préférences? Des objets, attitudes, parties du corps ou autres détails qui déclenchent votre excitation ou qui déclenchent  votre plaisir? Nous avions déjà abordé l’amour du latex dans un précédent courrier. N’hésitez pas à poster vos témoignages ou avis en commentaires. Bonne lecture!


1er Message

« Voila, je me lance. J’avoue que j’ai presque uniquement du plaisir que lorsque pendant l’acte, ma compagne a les mains attachées. Pourtant, je ne suis pas adepte du SM ou autre, et je suis plutôt doux et loin d’être dominateur.C’est juste que cela m’excite  plus que tout ! J’aimerais avoir une sexualité épanouie sans avoir recours à cela. Comment m’y prendre ?

2ème Message

La première fois que j’ai pratiqué cela, c’était avec ma première copine, et à mon initiative, au bout d’une année de relation. Je ne voulais pas la brusquer, ni l’effrayer, et j’avais d’ailleurs assez honte de le lui proposer. Dès mon enfance et mon adolescence, j’avais remarqué, en regardant des films ou des séries qui mettaient en scène des demoiselles en détresse, que ces situations provoquaient un certain « émoi » chez moi. Ce qui me plait dans cette situation, ce n’est pas tant le contrôle que l’on pourrait s’imaginer avoir sur l’autre, mais plutôt la confiance que cette dernière vous accorde, en acceptant cette situation. C’est une marque de confiance incroyable que d’accepter cela !

J’ai toujours agi avec douceur et respect de l’autre, car je ne trouve aucun plaisir, sinon du dégoût, dans la violence ou la dégradation envers sa partenaire ! De plus, une chose que j’apprécie chez une femme, ce sont de belles mains. Et j’avoue que je prends mon plaisir lorsque j’ai un contact visuel de celles de ma partenaire, attachées au dessus d’elle ou derrière son dos, lors d’un rapport intime.

J’arrive à avoir, et j’ai fréquemment des rapports sans attacher ma compagne, et je n’ai pas besoin de cela pour avoir une érection. Par contre, je dois avouer que si je met du temps à éjaculer, il me suffit de tenir ses mains, ou de les imaginer attachées, pour accélérer cela ! Je n’obligerai jamais mes partenaires à être systématiquement ligotées lors de nos rapports intimes. Le plaisir doit être commun et partagé. Mais c’est vrai que ce sont mes moments favoris, qui me procurent cent fois plus de plaisir que lors de relations plus classiques. Lorsque je pratique l’onanisme, c’est uniquement via des photos, vidéos ou mon imagination, mettant en scène des femmes ligotées, que je prends mon plaisir.

Merci d’avance pour tes conseils.


Ma Réponse

Bonjour et merci pour ce message détaillé ! Je m’excuse car je t’ai fait longuement patienter pour publier ma réponse, je suis actuellement en train d’écrire mon livre et j’ai beaucoup ralenti l’activité de mon blog. Mais me voici dans le train pour quelques heures et j’en profite pour me pencher sur ton message 😊 Lorsque tu m’avais contactée la 1ère fois tu n’avais évoqué que ce besoin imminent d’attacher ta partenaire pour éprouver du plaisir. Une certaine frustration semblait en découler. Puis, à ma demande, tu m’as donné beaucoup plus de détails. Or ce sont ces détails qui importent car en eux se trouvent tous les éléments de la réponse !

L’excitation : deux corps et deux esprits

Un rapport sexuel n’est pas juste la rencontre de deux corps qui décident de s’accoupler. C’est aussi la rencontre de deux êtres. En fonction de l’écoute, de l’envie de partager, découlera la qualité du rapport. Notre cerveau aussi se met en branle ( oui je sais , le jeu de mot était facile). L’imaginaire joue un rôle actif. En effet il dessine ce que l’on projette sur l’autre, ce que son corps, ses paroles, son attitude éveillent en nous. La manière de se regarder, de se toucher génèrent des fantasmes, nourrir plus ou moins le désir. D’où l’importance du jeu de séduction. Plus celui-ci est riche et subtil, plus il active notre imagination. Avant même que les corps se rencontrent, un échange est déjà en train de se produire.

La confiance, secret de l’alchimie

Quand l’acte a enfin lieu, un autre lien se tisse.  Il ne s’agit pas d’amour mais d’une émotion qu’on pourrait appeler « feeling » et qui n’en est pas pour autant moins forte. C’est une sorte d’énergie vitale que l’on partage spontanément. Se mettre à nu et avoir un rapport sexuel est un signe de confiance. Plus cette dernière est forte, plus elle invite au lâcher prise. Se faire confiance, c’est arrêter de se juger, s’accepter pleinement . C’est aussi envisager d’explorer de nouvelles choses ensemble. Ce n’est donc pas tant l’acte en lui-même mais ce qu’il représente qui excite. C’est la raison pour laquelle on peut être très excité d’avoir un rapport sexuel dans un lieu public. C’est pourtant rarement plus confortable qu’un lit !  Mais c’est le danger, la possibilité d’être vu qui titille. En somme, un bon petit shot d’adrénaline. C’est ce que tu évoques en analysant ta pratique fétichiste : « C’est une marque de confiance incroyable ». Et tu as raison. Se laisser se faire attacher c’est laisser l’autre prendre les rennes, c’est prendre un risque, s’offrir. Ton plaisir est avant tout très cérébral et tu sembles être très lucide sur ce qui le motive.

L’intention plus importante que l’acte

Certains trouvent un réel plaisir à soumettre et à infliger divers degrés de douleurs, c’est ce qu’on appelle du sadisme. Si c’est contre le gré du/de la partenaire (en dehors d’un jeu sexuel qui serait pré-établi), nous sommes alors dans une situation d’agression. D’après ce que tu me dis ce n’est pas ton cas. Tu mentionnes plusieurs fois dans ton message ton désir de vivre une sexualité respectueuse et équitable : « J’ai toujours agi avec douceur et respect de l’autre, car je ne trouve aucun plaisir, sinon du dégoût, dans la violence ou la dégradation envers sa partenaire. » Tu as donc un penchant à attacher tes partenaires mais c’est le plaisir et non la perversion qui te guident, tes intentions ne sont pas malveillantes. A partir de là je ne vois aucun vice, aucun problème ! Petite question tout de même: on peut être bienveillant et néanmoins commettre des actes qui ne plairont pas à l’autre. En as-tu parlé à tes conquêtes? Et elles, aimaient-elles vraiment ça? Leur arrivait-il de réclamer cette pratique? T’ont-elles déjà fait des reproches?

La différence entre penchant et addiction

Il pourrait y en avoir un si tu ne pouvais avoir d’excitation et donc de rapport, sans faire appel à cette pratique. Lorsqu’on est en addiction, il y a souffrance, et dans ce cas il est peut-être nécessaire de creuser plus loin dans l’inconscient pour trouver une solution. On risque en effet de blesser son/sa partenaire ou  de rester en permanente insatisfaction. (dans ce cas consulter un psy peut s’avérer utile). Mais cela ne semble pas ton cas puisque tu me dis : » J’ai fréquemment des rapports sans attacher ma compagne, et je n’ai pas besoin de cela pour avoir une érection. » Tu as donc simplement une préférence sexuelle, rien de plus. Je te rassure, tu n’es pas « malade ». Tant que tu ne l’imposes pas à ta copine et que tu n’y as pas systématiquement recours, il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Et pour ne pas y avoir systématiquement recours bien sûr, tout est une question de volonté. Si tu optes pour la facilité, il est logique que tu aies envie d’attacher ta copine ou de te focaliser sur ses mains. Si tu veux t’en détacher (désolée, encore un jeu de mots foireux), il est nécessaire de faire un petit effort. C’est un peu comme quelqu’un qui adore le chocolat mais qui veut faire un régime pour perdre du poids. La seule personne qui décide, ça reste TOI.

Vivre sa sexualité dans le respect de l’autre

« Je n’obligerai jamais mes partenaires à être systématiquement ligotées lors de nos rapports intimes, le plaisir doit être commun et partagé. » Avec cette phrase tu as tout dit et as toi-même conclu en mettant en lumière le plus important. C’est cela qui compte: un plaisir partagé. Si je puis me permettre un dernier conseil, essaie de te concentrer sur les yeux de ta copine, je veux dire sur elle, ce qu’elle ressent. Embrasse-la, regarde-la, parlez-vous. Le lien ne se fait pas juste à travers la position des corps et la mise en scène (en l’occurrence ici, celle d’un abandon symbolique de sa part). Le lien est dans cette énergie que vous vous transmettez et cela se fait par le corps tout entier! Tu es très cérébral et selon moi c’est une chance. Cela te rend sans doute plus raffiné que quelqu’un qui ne serait que « physique ». Mais n’en oublie pas tes cinq sens. Regarde-la, respire-la, touche-la, goûte, écoute. Apprends à l’explorer autrement. Avoir une sexualité épanouie implique que vous viviez les choses à deux, que vous soyez dans une écoute mutuelle. Par conséquent sois toi aussi attentif à ses désirs, à ce qui l’excite elle-aussi.

Conclusion

J’espère que ce message t’aura rassuré. Pour moi en tout cas, tu n’as pas de problème à résoudre, juste un peu de culpabilité sur un penchant certes, un brin obsessionnel, mais qui ne me semble pas pour autant toxique. Tant qu’ il te procure du plaisir et que tu le pratiques avec respect, que ta partenaire est ok avec ça, tout ira bien.


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